L’AFFLIGÉ BIENHEUREUX
Le paradoxe du bonheur de l’affligé  
             
L’une des particularités des béatitudes est le langage dans lequel le Seigneur Jésus enseigne sur ce qui constitue le caractère du Chrétien. Si la première beatitude parle de “pauvre en esprit”[1], la deuxième parle de l’affligé : “heureux les affligés car ils seront consolés” (Matthieu 5:4). Une telle déclaration dérange bien l’auditoire et suscite une question pertinente : comment un affligé peut il être heureux ? Dans le cas de cette béatitude, l’oxymore parait encore plus probant.  Ces deux mots : heureux et affligé, dans le champ de l’expérience humaine, ne se cohabitent pas.
 
L’affliction est en réalité l’une des expériences humaines la plus partagée. Il n’existe d’être humain, quelque soit sa position sociale, son niveau d’étude et sa classe sociale, qui n’a pas expérimenté cet état émotionnel douloureux. Dans un compte rendu du livre “l’expérience de la douleur” écrit par David Le Breton, Katia Markelova a fait la même remarque en écrivant que “nul n’échappe à la douleur à un moment ou à un autre de sa vie. Pourtant, la douleur vécue par une parturiente, percevant son accouchement comme une experience unique dans sa vie de femme, est d’une autre nature que la douleur d’une personne atteinte d’un cancer incurable[2]”.
 
Il faut avouer, par ailleurs, même si l’affliction fait partie du quotidien humain, que nul ne souhaite être dans cet état. En d’autres termes, son inévitabilité n’implique pas sa souhaitabilité. L’affliction est une expérience engendrée par un événement malheureux. Elle est l’expression de la souffrance de l’âme à cause des conditions humaines inacceptables, par exemple la mort, les maladies, les épidémies, etc. L’affliction est un état à partir duquel l’être humain est habité par la tristesse, l’amertume et le regret. Elle introduit un déséquilibre chez l’individu jusqu’à faire dire David le Breton que “la douleur altère toutes les activités de l’homme, même celles qu’il affectionne, elle imprègne les gestes, traverse les pensées. Elle “ne donne plus goût à rien[3]. À ce stade, l’être humain est dans l’indignation, et son âme ne peut être ni en paix ni joyeuse.
 
À bien observer, le monde actuel fait plus de provisions pour produire de l’affliction que de procurer la joie. Il suffit de lire sur l’état de la violence sociale et politique, les rapports des organisations internationales sur la situation précaire de la majorité des pays du globe, pour que notre conscience nous interroge sur le pourquoi de ces choses, nous interroge sans cesse sur la dignité commune de l’espèce humaine pour nous retrouver dans une situation d’inconfortabilité. Le “mal”, qu’il faut comprendre dans notre cas comme cause de notre affliction, est tellement courant que parfois nous nous disons qu’il était préférable de ne pas être né dans ce monde. Face à cette réalité, comment pouvons-nous prétendre être heureux ?  En expérimentant la douleur et la peine, certains demandent la mort ; d’autres arrivent à se suicider. C’est une réalité courante au sein des communautés humaines.
 
Même l’Écriture contient des exemples d`hommes de foi qui, au sein de leur affliction, ont demandé la mort. Par exemple, Job, un homme déclaré juste par Dieu, dans sa souffrance atroce due à la mort de ses enfants, la perte de sa richesse et l’abandon de sa femme, demandait la mort et maudissait le jour de sa naissance (Job 3: 3-6). Le prophète Jérémie, faisant face à la mort à maintes occasions, parce qu’il prophétisait le jugement de Dieu contre les israélites à cause de leur désobéissance, demandait la mort et maudissait la personne qui annonçait sa venue au monde à son père (Jérémie 20: 14-15). 
 
Pour ainsi dire, personne ne peut être heureux quand elle fait face à des difficultés atroces. Il n’y a pas de possibilité d’être en joie quand nous constatons la dévastation causée par les catastrophes naturelles, quand nous observons la mort à petit feu d’un parent ou d’un ami à cause d’une maladie incurable, ou bien quand nous sommes directement sous l’emprise d’une maladie ou subissons l’injustice des autres. S’il est vrai qu’il y a un certain niveau de souffrance que nous pouvons supporter, il faut, cependant, en toute réalité, dire qu’il y a une dimension de la souffrance qui nous dépasse et nous fait parfois proférer des paroles pour indiquer son niveau d’insupportabilité. D’ailleurs, comme le fait comprendre Le Breton : “ la souffrance est inhérente à la douleur, elle est en proportion de la somme de violence subie[4]”. C’est en réalité ce que nous avons observé, en partie, dans les cas de Job et de Jérémie ; et, c’est ce que nous expérimentons de manière directe ou indirecte, la plupart du temps, dans notre vie.
 
Par ailleurs, certains, se basant sur ce qui dévaste la communauté humaine et en fonction de leurs experiences personnelles, arrivent à dire qu’il ne peut exister un Dieu saint, juste et créateur qui observe ses créatures victimes des maux de toutes sortes. En fait, une telle observation devient classique dans la perspective de la philosophie athéiste. L’affliction humaine causée par le mal est tellement atroce qu’elle évoque, pour certains, une inadéquation entre sa présence et l’existence de Dieu. En fait, sur cette question, il y a un débat philosophique controversé qui n’est pas l’objet de notre texte ici présent. Néanmoins, nous avons souligné tout cela justement pour faire remarquer qu’il y a, du point de vue de l’expérience humaine, une sorte d’aversion à expérimenter l’affliction. Cependant, Christ, dans la deuxième béatitude, déclare heureux celui qui est affligé ; puis promet comme récompense à ce dernier la consolation. Si la question de l’affliction évoque une situation insupportable que l’être humain n’entend pas experimenter, comment Christ peut-il affirmer que nous sommes heureux en étant affligés ? S’agit-il d`une invitation à la souffrance afin de jouir le bonheur ? Nous savons pertinemment que là où est la souffrance est l’affliction, et que, par ailleurs, la souffrance fait partie intégrante de la vie de celui ou celle qui choisit de suivre le Seigneur ; Ainsi, l’affliction devient un élément caractéristique de la vie du croyant, par le fait même de sa marche de piété avec Dieu ; ce qui, indubitablement, à cause du message de Christ, provoque une inimitié du monde contre lui. Cependant, dans cette deuxième béatitude parle-t-on de quel type d’affliction ? Dans les paragraphes qui suivent, nous essayerons d’en découvrir la portée.
 
Le sens de l’affliction dans le discours de Christ
 
De prime abord, il est important de souligner qu’il faut lire cette deuxième béatitude à la lumière du contexte général du Sermon sur la Montagne, et plus spécifiquement dans la logique des béatitudes. Premièrement, il est judiciable d’étudier ce verset dans la construction particulière des béatitudes elles-mêmes. Sa structure particulière liée à la disposition bien ordonnée des béatitudes est révélatrice d’une profonde vérité selon laquelle la deuxième est une conséquence logique de la première, et ainsi de suite.

Deuxièmement, il faut garder à l’esprit que le discours de Jésus-Christ est uniquement dans une perspective spirituelle. “Notre Seigneur ne disait pas heureux ce qui s’affligent dans un sens naturel, pour parler de la peine expérimentée parce que quelqu’un est mort[5]”. Par ailleurs, naturellement, il est légitime d’être dans l’affliction à cause de la mort d’un parent ou d’un proche parent, à cause de la pauvreté économique et sociale du monde. Mais, Christ n’est pas dans cette perspective matérielle de l’affliction. De cela découle une question, paraissant évidente, qui consiste à se demander : est-ce que cela veut dire que Christ ne s’intéressait guère aux conditions matérielles de l’être humain ? N’écoutait-il pas ceux qui étaient dans l’affliction dans le sens materiel du terme ? Loin de là ! Bien évidemment, Christ s’intéressait à la situation matérielle de l’être humain, et à tout ce qui peut bien l’affliger.
 
Observons-nous, à travers son ministère terrestre, il guérissait parfois ceux qui étaient malades, comme nous rapportait Matthieu : “Jésus parcourait toute la Galilée; il enseignait dans les synagogues, proclamait la bonne nouvelle du royaume et guérissait toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Sa réputation gagna toute la Syrie et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des épileptiques, des paralysés; et il les guérissait” (4:23-24). De plus, il savait nourrir ceux qui étaient affamés (Jean 6: 1-13; Matt. 14:19-20).  De surcroît, à ceux et celles qui le suivaient, il enseignait de faire de même (Matt. 5: 42, 6: 2). Les apôtres, sur le sillage de Christ, enseignaient aux chrétiens d’aider les autres qui sont dans le besoin (1 Tim.6:18, Jacques 2:14-27, 1 Jean 3:17).
 
Cependant, il ne faut pas confondre la principale préoccupation de Christ qui concerne la condition spirituelle dépravée de l’être humain, raison pour laquelle il était venu mourir sur la croix, avec sa préoccupation pour la condition matérielle de ce dernier. D’ailleurs, ce même Jésus qui avait donné à manger aux 5000 affamés, leur reprenait durement en leur disant de se préoccuper surtout de leur propre condition spirituelle. Voici ce que nous rapporte Jean :

Jésus leur répondit: « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés.Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, Dieu lui-même, a marqué de son empreinte » (Jean 6: 26-27).

De ce fait, il ne faut pas égaler l’essentiel à l’important. Le texte cité prouve que Christ n’ignorait pas l’affliction humaine causée par les conditions physiques et matérielles de l’être humain, cependant il est clair que l’épicentre de sa démarche concerne avant tout son état spirituel. Ainsi, le Seigneur Jésus se positionnait clairement par rapport au désir de la foule et allait droit au but. Elle doit chercher surtout la nourriture spirituelle, s’exclama-t-il, celle qui est éternelle. Cela dit, c’est la condition spirituelle de l’être qui concerne le Christ plus que toute autre chose. C’est en réalité cet aspect qu’il faut comprendre de l’enseignement de Christ sur le bonheur des personnes affligées. Cette affliction n’est causée ni par la perte d’un parent, ni par l’observation des disparités sociales, ni par des injustices, ni par l’exploitation de l’être humain. Mais le point focal de cette béatitude est le suivant : le Chrétien est affligé à cause du péché.
  
Une affliction à cause de son propre péché
 
La pauvreté spirituelle est la reconnaissance de sa faillite totale devant Dieu. Christ définit le pauvre comme un “Ptochos”, c’est-à- dire comme quelqu’un qui ne possède absolument rien. Mais il est important de faire remarquer que le pauvre en esprit ne se contente pas de constater sa faillite. Cela est très important pour comprendre l’excellente organisation des béatitudes. La reconnaissance de sa faillite et de sa dépossession totale le conduit à un état émotionnel dévastateur, en ce sens que cela produit un profond regret dans son coeur. Le pécheur repentant est affligé à cause de son état de péché dans la présence de Dieu saint. Toute vraie pauvreté spirituelle conduit inévitablement à une lamentation profonde. C’est en réalité ce que nous dit Martin Llyod Jones, quand il pouvait écrire : 
 
S’affliger est quelque chose qui suit la nécessité d’être pauvre en esprit. Il est inevitable. En confrontant Dieu et sa sainteté, et en contemplant la vie que je devrais vivre, je me vois dans ma profonde détresse et désespérance. Je découvre la qualité de mon esprit et immédiatement cela me met dans une situation d’affliction. Je dois m’affliger parce que je suis dans cet état. Mais, clairement tout ne s’arrête pas là.  Une personne qui fait face vraiment à elle-même, examine sa vie, c’est une personne qui doit s’affliger aussi à cause de son péché et de ce qu’il fait[6].
  
L’affligé est celui qui vit une douleur atroce parce qu’il viole la loi de Dieu. Christ nous dit, ce sont seulement eux qui sont heureux et, par conséquent, ils seront consolés. L’affligé est celui qui est conscient de son péché, qui comprend sa propre condition à la lumière de la Sainteté de Dieu. Le Psalmiste David, dans le Psaume 51 donne un modèle de prière qui décrit parfaitement celui qui est dans l’affliction. Ce psaume, étant l’expression d’un coeur en pleine lamentation, exprime son désarroi, son profond regret après avoir commis l’adultère. Nous n’allons pas reproduire ce chapître en entier, mais nous voulons en quelque sorte citer quelques versets clés de ce passage que nous voulons soumettre à l’analyse pour mieux comprendre l’attitude de l’affligé.
 
Aie pitié de moi, ô Dieu, toi qui es si bon ! Efface mes transgressions, tu es si compatissant !  Lave-moi de mon péché ! Purifie-moi de ma faute ! Car je reconnais mes torts : la pensée de mon péché me poursuit sans cesse. Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, j’ai commis ce qui est mal à tes yeux. Voilà pourquoi tu es juste quand tu émets ta sentence, et tu es irréprochable quand tu rends ton jugement. Je suis, depuis ma naissance, marqué du péché ; depuis qu’en ma mère j’ai été conçu, le péché est attaché à moi (Psaume 51: 3-7, Second 21).
  
Cette portion de l’Écriture expose clairement l’attitude d’un affligé. De prime abord, il y a quelque chose de très important qu’il faut souligner dans ce texte : toute vraie affliction spirituelle vient de la connaissance de Dieu. Quand nous arrivons à un niveau de connaissance de Dieu, il est clair que nous arrivons finalement à comprendre la vraie réalité de notre condition humaine et la véritable nature de Dieu.  Cela nous conduira à nous examiner, à exposer notre réalité dans la présence de Dieu et nous conduira à crier “ Je suis perdu”, “Je suis méchant”, “Je suis désobéissant”, “Je suis conscient que je mérite de subir la colère de Dieu parce que je suis coupable”. En d’autres termes, sachant qu’il n’y a pas de moyen de nous justifier devant ce Dieu juste et saint, la tristesse envahit notre coeur, notre âme et notre esprit. Et tout ce que nous pouvons faire c’est d’implorer sa faveur. C’est la réalité exprimée dans le Psaume 51.
 
Si, dans les versets 3 et 4, le Psalmiste fait appel à la compassion de Dieu, en lui demandant d’effacer sa transgression, au verset 5, il avoue que son péché rend captif son esprit. Il est tourmenté continuellement. Pour continuer, au verset 6, il donne la raison de son tourment : il a péché contre Dieu et contre Lui seul, en faisant ce qui est mal à ses yeux. En fait, David se voit dans le miroir de la sainteté de Dieu et décrit sa propre condition en fonction de la justice de Dieu. Il se juge et se condamne à la lumière de la loi de Dieu. En fait, l’aune de mesure n’est pas les semblables de David, mais la sainteté de Dieu. De même, le chrétien se trouve toujours dans une situation d’affliction quand il contemple la sainteté de Dieu qui mirroite inévitablement sa propre condition humaine imparfaite. La réflexion suivante de Jean Calvin est importante à ce propos :
Aussi longtemps que nous ne regardons pas au-delà de la terre, nous prenons tout simplement plaisir dans notre propre justice, sagesse et vertu. Nous parlons à propos de nous en des termes flatteurs et semble être moins que des demi-dieux. Mais une fois que nous commençons à élever nos pensées vers Dieu, et penser à sa nature, à la perfection absolue de sa justice, sa sagesse et sa vertu comme standard selon lequel nous devrions nous conformer, nous arriverons à reconnaître comment notre fausse justice est polluée avec nos iniquités. Ce que nous nous imposons comme sagesse sera vue comme folie, et ce qui est présenté comme l’apparence de l’énergie virtueuse sera condamnée comme de l’impuissance la plus misérable[7].
 
Dans une telle perspective, nous arrivons à comprendre que la repentance est un processus continu dans la vie chrétienne. Elle est un acte à partir duquel nous implorons le pardon de Dieu parce que nous regrettons d’avoir violé les saintes lois, en espérant sa miséricorde en retour. Miséricorde est une notion vraiment importante qu’il faut souligner dans la prière de David.  Dans le verset 6, David souligne quelque chose de profond par rapport à la justice de Dieu. Il reconnait que la sentence de Dieu contre son péché est juste et que son jugement est irréprochable. En fait, David avoue que l’exercice du jugement de Dieu est ce qu’il mérite. Mais, il reconnaît également que Dieu peut, aussi, comme bon lui semble, manisfester sa miséricorde en sa faveur. Il la quémande. La miséricorde de Dieu est le fait que Dieu ne nous inflige pas le châtiment que nous méritons. Quand Dieu ne nous punit pas à cause de nos péchés, il n’hypothèque pas sa justice pour autant, il ne cesse pas d’être un Dieu juste. Loin de là ! Mais, il décide tout simplement d’exercer sa grâce en notre faveur.
 
Il faut ensuite voir que le Psalmiste a la bonne perspective en ce qui à trait du péché.  Au verset 7, il a exposé sa nature pécheresse qui est également celle de toute l’espèce humaine. Le Psalmiste avoue que le péché est tout ce qu’il a. Il est né dans le péché. Ce verset montre qu’il a une conviction du péché. Celui-ci est la transgression de la sainte loi de Dieu. C’est en réalité ce que déclare l’apôtre Jean : “Tous ceux qui pratiquent le péché violent la loi, puisque le péché, c’est la violation de la loi” (1 jean 3:4, second 21).
 
À remarquer, dans cette prière, David s’afflige sur sa propre réalité de péché. Et, c’est cette vérité qui est enseignée par le Seigneur Jésus dans la béatitude. S’il est vrai que le chrétien peut s’affliger sur le péché de ses frères et soeurs, comme nous le voyons d’ailleurs à travers toute l’Écriture, Christ, pour sa part, ici, parle surtout de celui qui s’afflige sur son propre péché. Nous devons nous affliger sur notre propre situation de péché, et, quand nous sommes dans cet état, cela témoigne que Dieu travaille en nous ; cela prouve que nous sommes vraiment régénérés par le Saint Esprit.
 
La magnitude de l’affliction 
 
Le regret, à cause notre péché, est important ; mais, le niveau du regret ou la dimension de notre affliction est d’autant plus important. Le niveau de notre affliction dépend de notre conviction du péché et de notre connaissance de la Sainteté de Dieu. L’un des problèmes que confrontent les églises d’aujourd’hui est le fait que nous avons une connaissance vague du péché ; ce qui fait qu’en termes de résultat, cela ne produit pas la crainte appropriée chez ceux qui participent dans les cultes à l’église, voire chez ceux qui sont Chrétiens. Donc, notre vue du péché devrait être celle de Dieu lui-même. Le seul point de vue qui importe est celui de la conception de Dieu du péché, révélé dans sa parole. La façon dont Dieu traite le péché en dit clairement ; car l’Écriture affirme que le salaire du péché c’est la mort (Romain 3:23). R.C Sproul, dans son analyse sur la sainte Justice de Dieu, le définit de la manière suivante : “le péché est la trahison cosmique. Le péché est une trahison contre le pur parfait Souverain.  Il est un acte de l’ingratitude suprême envers le Seul à qui nous devons tout, le Seul qui nous a donné la vie[8]”.
 
Il ne faut pas considérer cette ingratitude en fonction de notre jugement humain. De préférence, il faut la voir à la lumière de la sainteté de Dieu. Une peccadille est un grave péché devant Dieu parce qu’il met en cause sa sainteté et tend à rejeter sa justice.  Pour continuer, R.C Sproul souligne que quand nous péchons : “nous disons non à la justice de Dieu. Nous disons “Dieu, ta loi n’est pas bonne. Mon jugement est mieux que le tien. Ton autorité n’est pas applicable sur moi. J’ai mon droit de faire ce que je veux, non pas ce que tu me commandes de faire[9]”.
 
Pour ainsi dire, le péché, indépendamment de notre perception de sa gravité, est le fait de déshonorer Dieu et de rejeter sa justice. En ce sens, Sproul continue pour dire : “le moindre péché est un acte de défiance contre l’autorité cosmique. Il est un acte révolutionnaire, un acte rebelle selon lequel nous nous mettons en opposition à qui nous devons tout. C’est une insulte contre sa Sainteté[10]”. Et cette insulte a la conséquence la plus grave qu’est la mort. Dieu, étant saint et juste, ne peut laisser le péché impuni. La mort de Christ sur la croix à notre place exprime de manière la plus juste, la plus claire et la plus parfaite la sainte justice de Dieu.  Quand celui ou celle qui a péché arrive à la connaissance de cette réalité de Dieu et de sa propre condition, il (elle) devient l’homme ou la femme le (la) plus affecté(e), le (la) plus agonisé(e) du monde quand il (elle) est dans la désobéissance.
 
En grec, il faut dire qu’il y a plus qu’un mot pour exprimer l’idée de l’affliction. Selon John Macarthur, il y a neuf mots qui sont utilisés dans le Nouveau Testament pour ce mot[11], comme potōs, thrēreō, etc.  Mais, le mot choisi par Christ pour exprimer cette affliction est pentheō. Ce mot exprime l’idée de l’affliction la plus sévère. Ce mot est exprimé, selon Merrill F. Unger et William White Jr., dans plusieurs cas :
 
a) dans le cas d’un chagrin exprimé pour la mort d’un bien-aimé (Marc 16: 10);
b) dans une situation de peine à cause du péché ou pour son pardon (Jacques 4:9);
c) dans le cas d’un grief dans une église locale où les membres refusent de se repentir[12].
 
Si le troisième cas fait référence à l’affliction à cause des péchés des autres, Christ lui-même se réfère directement à celui qui afflige l’individu sur sa propre situation de péché. Et, de surcroit, il faut souligner que c’est ce même mot qui est utilisé pour expliquer l’état de celui qui perd un être bien-aimé, comme la mort d’un cher parent ou d’un partenaire conjugal. Par conséquent, l’affliction d’une personne causée par son péché est aussi profonde que celle exprimée par la perte de sa chère maman ou de son fils. Il est important de nous attarder un peu sur la dimension de l’affliction mentionnée par Christ. Car, l’affliction éprouvée à cause de la mort d’un parent ou d’un fils aimé(s) n’est pas la même que celle exprimée en raison de : la pauvreté du monde, la maladie d’un ami. Il n’y a pas de plus terribles afflictions que celles engendrées par la mort d’un être cher très aimé, un parent ou un fils, par exemple. L’une des illustrations données par la Bible témoignant clairement de ce type d’affliction est celle de Jacob, quand il avait appris la mort de son fils Joseph. Ainsi lisons-nous : “Jacob déchira ses vêtements, il mit un sac sur sa taille et il mena longtemps le deuil sur son fils. Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler, mais il refusait d’être consolé. Il disait : « C’est dans le deuil que je descendrai vers mon fils au séjour des morts », et il pleurait son fils” (Gen 37: 34-35, Second 21). 
​ 
D’une part, nous constatons que ce n’est pas un simple regret, encore moins un faux regret. D’autre part, il faut souligner, parallèlement, que nous vivons dans un monde où les gens ont tendance à se déresponsabiliser, à banaliser leur péché en stipulant que “nous sommes des êtres humains sujets à l’erreur”. Si la phrase est en elle-même vraie, l’intention de sa stipulation est malicieusement assumante, en ce sens qu’elle infère que “nous avons le droit de pécher parce que nous sommes des êtres humains”. Le véritable affligé, dans le sens de la déclaration de Christ, reconnaît que pécher est la violation de la sainteté divine et qu’il n’a aucun droit de se justifier.  Quand il pèche, cela le met dans une situation inconsolable telle, que seul Dieu peut le consoler. Concrètement, l’inconsolabilité, telle qu’elle est exprimée dans la situation de Jacob, est l’élément de mesure permettant de comprendre le degré d’affliction que parle Christ.
  
Une affliction pour le péché des autres
 
L’affliction dont il s’agit ici n’implique pas nécessairement le versement des larmes. Mais elle est un profond regret exprimé à cause de notre conviction de péché. Elle est une profonde consternation devant Dieu. Elle vient de la profonde reconnaissance de notre vide spirituel. Elle est un grief intérieur qui déchire notre coeur.
 
De plus, il serait important de faire remarquer que seulement ceux sachant s’affliger réellement sur eux-mêmes peuvent s’affliger sur le péché des autres, et peuvent les inviter à s’affliger sur leur état de péché. Seulement ceux et celles qui ont une réelle conviction du danger que cause le péché peuvent se lamenter pour le péché des autres. C’est en réalité ce qu’a fait l’apôtre Jacques quand il écrivait aux chrétiens juifs de l’église de Jérusalem dispersés en dehors de la Palestine à cause de la persécution en disant : “approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez votre cœur, hommes partagés. Ayez conscience de votre misère, soyez dans le deuil et dans les larmes, que votre rire se change en deuil et votre joie en tristesse” (Jacques 4: 8-9).
 
En réalité, l’église de Christ est en quelque sorte une assemblée des affligés, sachant que nous sommes toujours dans la chair et exposés au péché face auquel dès fois nous succombons. De ce fait, aussi longtemps que nous sommes dans ce corps corrompu, nous ne pouvons aucunement claironner une affliction définitive. En revanche, nous nous affligeons non pas parce que nous pratiquons le péché, mais parce que nous sommes devenus allergiques. La moindre erreur nous conduit dans cet état de lamentation, connaissant que Dieu est purement Saint et ne peut tolérer le péché. Le moindre acte qui se heurte à la loi de Dieu nous incite à quémander sa faveur. La vraie affliction conduit toujours à la repentance. Ainsi, l’apôtre Paul, étant sous l’inspiration de l’Esprit, écrit aux chrétiens de Corinthe à propos :
  
Je me réjouis à cette heure, non pas de ce que vous avez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la repentance ; car vous avez été attristés selon Dieu, afin de ne recevoir de notre part aucun dommage. En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort. (2 Cor. 7 : 9-10)
 
Quand l’église de Christ se réunit, elle le fait pour adorer Dieu. C’est le but principal du culte chrétien. Adorer Dieu pour ce qu’il est nous invite à affirmer notre incapacité, notre incompétence et notre nature pécheresse. En réalité, dans une réelle adoration toutes nos fautes sont étalées devant nous. Rien n’est oublié. Dans la présence de Dieu, l’inconscient n’existe plus. Toutes nos erreurs font surface sur l’écran de notre conscience. C’est en quelque sorte ce qu’a avoué David, en disant : “car des maux sans nombre m’environnent ; Les châtiments de mes iniquités m'atteignent, Et je ne puis en supporter la vue ; Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête […]” (Ps 40:12). Et, par ailleurs, il témoigne : “mon péché est constamment devant moi” (Ps.51:3).  C’est dans la présence de Dieu que nous estimons réellement la gravité de nos fautes, même celles que nous avons considérées comme insignifiantes. C’est la raison pour laquelle tous ceux et toutes celles qui sont régénérés, désirant Dieu ardemment, ne sont pas uniquement concernés par leur propre situation spirituelle mais aussi par celle de leurs frères et soeurs. En voilà donc quelques traits caractérisques de l’église de Christ. Elle est composée des affligés qui intercèdent non seulement pour eux-mêmes, mais aussi les uns pour les autres.
 
Nous croyons sincèrement que l’une des responsabilités des dirigeants de l’église est non seulement d’enseigner les chrétiens à examiner leur vie à la lumière de la parole sainte de Dieu, à se lamenter devant lui à cause de leur péché, mais aussi de se lamenter pour ces derniers. Quand nous lisons dans l’Ancien Testament, nous constatons que les leaders s’affligeaient toujours à cause du péché du peuple Israël. Le prophète Ésaïe priait, en disant “car nos transgressions sont nombreuses devant toi, Et nos péchés témoignent contre nous ; Nos transgressions sont avec nous, Et nous connaissons nos crimes” (Ésaïe 59:12). Et le prophète Daniel, pour sa part, a avoué : “nous avons péché, nous avons agi en hommes pervertis, nous avons été méchants et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles” (Daniel 9:5).  C’était une pratique courante pendant la période de l’Ancien Testament que les dirigeants spirituels s’affligeaient et imploraeint la faveur de Dieu à cause de la désobéissance du peuple (Esdras 9:6; Jér.3:25). 
 
Ce même modèle restait pertinent pendant la période du Nouveau Testament. Même le Seigneur Jésus s’affligeait à cause du péché du peuple Israël (Matt.23:37-39). Il faut souligner que Christ ne s’affligeait pas sur son propre péché parce qu’il n’en avait jamais commis (2 Cor. 5 : 20), mais il avait une profonde conviction du péché des autres (Héb. 2 : 18 ; 4 : 15).  L’apôtre Paul, sur le sillage du Seigneur Jésus, se lamentait à cause des péchés des chrétiens de Corinthe. Ainsi lisons-nous le grief de Paul : “J’ai peur qu'à mon arrivée, mon Dieu ne m'humilie de nouveau à votre sujet et que je n'aie à pleurer sur plusieurs de ceux qui ont péché précédemment et qui ne se sont pas détournés de l'impureté, l’immoralité sexuelle et la débauche auxquelles ils se sont livrés” (2 Cort.12:21). 
 
En effet, l’affliction spirituelle que nous enseigne le Seigneur Jésus dans les béatitudes est un état émotionnel qui met le Chrétien dans une dimension de consternation profonde, un sentiment de regret incomparable parce qu’il a désobéi Dieu, en mettant en cause sa Sainteté. Il se condamne totalement dans la sainte présence de Dieu ; ce qui pousse John MacArthur à dire que “la vraie affliction à cause du péché ne se concentre pas sur nous-mêmes, ni sur notre péché. Elle se concentre sur Dieu, qui Lui seulement peut pardonner et effacer le péché[13]”.  Il faut surtout remarquer que l’affliction dont il s’agit dans le contexte du discours de Christ n’est pas un simple acte, mais une attitude qui définit la vie chrétienne. Cela dit, elle ne se limite pas au début de la vie chrétienne, en ce sens qu’il est cet acte de regret qui nous conduit uniquement vers Dieu. Par contre, elle est ce qui nous définit en tant que Chrétien, sachant que nous sommes en guerre contre le péché, en permanence, tant que nous ne sommes pas encore revêtus du corps incorruptible que Christ nous promet à la résurrection. À ce propos, être un affligé pour MacArthur : “c’est une attitude qui commence depuis le jour où nous rentrons dans le royaume de Dieu, et qui va durer aussi longtemps que nous sommes sur la terre[14]”. 
 
Consolation : la récompense des affligés
 
Le Seigneur Jésus promet la consolation aux affligés. Christ est capable de nous consoler en pardonnant notre péché parce qu’il était mort à la croix pour nous. Quelle quiétude extraordinaire d’entendre celui qui a payé la rançon de notre péché dire qu’il nous consolera. L’apôtre Jean a écrit sans ambiguité que Christ est notre défenseur devant le Père quand nous péchons, et seul lui peut nous pardonner. “Mes petits enfants, je vous écris cela afin que vous ne péchiez pas. Mais si quelqu'un a péché, nous avons un défenseur auprès du Père, Jésus-Christ le juste. Il est lui-même la victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier” (1 jean 1:1-2, second 21). Il faut remarquer dans ce passage que Jean nous interdit de pécher. Cette interdiction traduit l’idée que nul chrétien n’a le droit de pécher. Il ne pratique pas le péché. Si le monde pèche et se justifie, le chrétien pour sa part se condamne.
 
Le chrétien arrive parfois à succomber parce qu’il a la nature pécheresse, sachant que l`idéal c`est qu`il ne pèche point ; c’est ce qui l’afflige d’ailleurs. Mais, Christ promet de le consoler. Cette consolation est dans le fait qu’il bénéficiera du pardon de Dieu en Jésus-Christ, non seulement dans le temps présent mais dans celui à venir. Nous aimons particulièrement la manière dont l’auteur de l`épître aux Hébreux nous conjure d’approcher devant le trône de la grâce de Dieu quand il pouvait écrire “ approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins” (Hébreux 4:16).  Nous pouvons nous approcher humblement, mais avec l`assurance que Dieu nous consolera.
 
Ce que promet Jésus dans cette béatitude est répété à maintes fois dans l’Ancien Testament, en ce sens que Dieu se penche toujours vers ceux qui s’affligent à cause de leur péché pour leur pardonner (2 Rois 22:19; Ps.51:17; Ps.147:3). Nous lisons dans le Psaume 34: “L'Eternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement” (v.18).  Et, par la bouche du prophète Ésaïe, nous lisons la déclaration suivante de L’Éternel lui-même : “le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied. Quelle maison pourrez-vous me construire et quel endroit pourra être mon lieu de repos ? Tout cela, c’est ma main qui l’a fait, et tout a alors reçu l'existence, déclare l'Eternel. Voici sur qui je porterai les regards : sur celui qui est humble et a l'esprit abattu, sur celui qui fait preuve de respect vis-à-vis de ma parole” (66:1-2).
 
Ainsi donc, la consolation de Dieu est pour ceux qui veulent être délivrés de la puissance du péché, pour ceux qui sont fatigués de pécher et qui les confessent sincèrement. Christ affirmait lui-même qu’il était venu pour nous délivrer de la condamnation du péché (Luc 4: 16-20). Cette délivrance, selon James M. Boice, est à trois niveaux. Premièrement, une délivrance de la pénalité du péché. Deuxièmement, une délivrance du péché dans le présent et de sa puissance. Troisièmement, une délivrance dans le futur où Jésus-Christ effacera le péché éternellement.
 
Nous pouvons dire, pour épiloguer, que le bonheur des affligés se trouve dans le fait qu’il a une conviction claire du péché étant définie selon la perspective divine. Et, quand il pèche il prend conscience qu’il a violé la sainte loi de Dieu et reconnait qu’il mérite le jugement de Dieu. Les affligés sont heureux parce qu’ils détestent le péché, même s’ils arrivent à succomber parfois. Les affligés sont heureux parce qu’ils ont l’assurance que leur péché sera pardonné dans le temps présent et leur affliction se terminera pour toujours (Apoc. 21 : 4).
 
                                                Heureux les affligés, car ils seront consolés ! (Matthieu 5:4).
 

Mauley Colas
Vice-Président de Standing 4 Christ Ministry

 

[1] Dans la première béatitude, l’enseignant par excellence a mis l’accent sur l’attitude d’humilité du chrétien qui doit avouer sa faillite totale devant Dieu, en reconnaissant, en tant que pécheur qu’il ne peut rien faire pour mériter la faveur Dieu. Christ l’appelle un “pauvre en esprit”. Devant la Sainteté de Dieu, il se voit perdu, insignifiant, il regarde sa propre condition de corruption. En réalité, il est dans une pauvreté spirituelle qui lui met dans un état de honte devant Dieu. La reconnaissance de sa pauvreté spirituelle le met en face d’une vérité essentielle dans sa relation avec Dieu. S’il est accepté par Dieu, cela ne dépend absolument pas de lui, mais qu’il est un simple récipient de la faveur Divine. C’est cette ultime vérité que nous lisons sous la plume de l’apôtre Paul, quand il pouvait dire, dans Éphésien 2 : 8-9, “Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie”. 
[2] Revue Sciences humaines, https://www.scienceshumaines.com/experience-de-la-douleur_fr_25388.html
[3] David Le Breton, “La douleur comme experience de soi”, dans Tribune de la Libération.fr. Consulté en ligne sur http://www.liberation.fr/societe/2010/04/01/la-douleur-comme-experience-de-soi_618445
[4] Ibid
[5] Martyn Llyod-Jones, Studies in the Sermon on the Mount, 2nd ed, Grand Rapids/Cambrigde: William B.Eerdman publishing Compagny, 1976, p.43.
[6] Llyod-Jones, Op.Cit., p.47
[7] Institutes of the Christian religion (translated by Henry Beveridge), Peabody: Hendrickson publishers, 2015, p.5.
[8] The Holinesse of God, Chosen by God, Pleasing God,  Three in one Volume, Massachussetts: Hendrickson Publishers Marketing, P.85
[9] Ibid.
[10] Ibid.
[11] The MacArthur New Testament commentary, Matthew 1-7, Chicago: Moody Publishers: 1985,  p.157
[12] Vine Complete expository dictionary, Nasheville: Thomas Nelson, 1996, P.418
[13] Macarthur, Op.Cit. p160.
[14] Ibid